UTTER DARK webzine

 

Lorsque l'on plonge au coeur des racines de l'underground, les productions dignes d'intérêt pour les non-puristes se raréfient comme l'oxygène lors d'une descente dans les entrailles de la Terre. Certains trouvent leur salut en poussant leur phantasme au-delà des limites.
 

Véritable faiseur d'atmosphères, Kanwulf est de ceux-ci. L'instrumentiste de NARGAROTH va beaucoup plus loin dans les ambiances médiévales obscures que son illustre prédecesseur BURZUM en restituant le moindre murmure d'une nature lugubre, figée dans un malaise inquiétant. L'album, long de plus d'une heure, est composé pour moitié d'un black mid-tempo linéaire, horriblement sous-produit, dont l'unique atout réside dans un accompagnement épique au synthé. Un style maintes fois revu et corrigé qui rappelle le controversé groupe français OSCULUM INFAME, notamment sur le remarquable instrumental "Das Schwarze GemSlde" ou sur la conclusion du titre éponyme.
 

Si on devait en rester là, la note attribuée à "Herbstleyd" serait très certainement médiocre. Heureusement, Kanwulf a eu la bonne idée de laisser s'exprimer librement son penchant pour les sombres décors nocturnes hantés de goules innommables. C'est ainsi qu'à chaque instant l'on est abreuvé d'une angoissante mise en scène propre à réjouir les nostalgiques de vieilles légendes perdues où les sorcières et les chimères avaient le beau rôle. Pour le fond sonore, c'est orage, pluie, flammes de bûchers et cris d'animaux divers (celui du loup est fort bien rendu). Pour l'action c'est rituels démoniaques et bruits d'épées et de casques qui s'entrechoquent, ou bien encore une jeune innocente déchiquetée au clair de lune par une meute de loups. Pour la narration c'est une voix féminine suave qui déclame des contes effrayants dans un allemand littéraire.sur fond de bruitages glauques et de calmes plages de synthé ou de violons.
 

Très honnêtement je n'ai jamais perçu l'atmosphère d'un album avec autant d'authenticité. L'impression d'errer dans un village ancien et désert enveloppé d'une brume fantômatique est vraiment tenace, et chaque son anormal qui s'en échappe suscite un frisson, non pas de terreur (quoique...) mais de plaisir à l'évocation d'un univers obscurantiste qui tient tant à coeur aux amateurs de dark fantasy que nous sommes tous (pas vrai ?). Pour le metal on repassera, même si l'amertume de certaines mélodies est en fin de compte en accord avec le feeling d'ensemble. Pour ceux qui se reconnaîssent dans la description de l'album, NARGAROTH est un trésor à déterrer sans restriction. Une preuve s'il en était besoin que l'underground, davantage que la forteresse imprenable d'une élite, a encore quelque chose à apporter.
 

Sie kroch wieder, zurück in den Brunnen, zurück in die Unterwelt...
 

B.G. 26-05-00